tag:blogger.com,1999:blog-19244704.post-64026571540057680102007-12-26T23:05:00.000+01:002007-12-26T23:16:16.235+01:00<div style="text-align: justify;font-family:arial;"><span style="font-style: italic; font-weight: bold;font-size:130%;" >Déesses</span><br /><br /><br />Deux films dont il peut être intéressant de discuter au sein d'un même texte sont disponibles en DVD depuis peu : "La Déesse" (copie erronée dont manque semble-t-il, entre autre, le plan final !) de Satyajit Ray, ainsi que "Tabou" de Friedrich W. Murnau. Deux films qui nous racontent le parcours de deux filles déifiées, "intouchables" donc, suivant les préceptes qui régissent les coutumes religieuses locales de l'époque.<br /><br />On peut interroger les films en tentant de mettre en évidence ce qui intéresse particulièrement Ray et Murnau dans le parcours de ces deux jeunes filles, les approches cinématographique différentes des deux cinéastes vis-à-vis de leurs personnages qui vivent leur déification impromptue comme une tragédie.<br /><br />Le combat intérieur à livrer pour Reri comme pour Doyamoyee, est celui de l'alternative entre l'Amour pour un être élu et l'obligation religieuse, privative, qui frappe aveuglement et sans prévenir, contre lequel on ne peut rien. C'est, dans "Tabou", le texte "arrêté divin" que récite le prêtre Hitu venu chercher Reri. Dans les deux films, l'homme aimé et aimant (Matahi pour Reri, Umaprasad pour Doyamoyee) découvre un peu plus tard que tous (personnages comme spectateurs du film) le destin qu'un autre individu a réservé sommairement à leur dulcinée. Ce sont les points "névralgiques" des deux films : les visages des deux femmes se cachent d'affliction, Reri baisse la tête, Doya tourne son visage face au mur. Il en va un peu différemment pour Umaprasad et Matahi. L'expressionniste Murnau fait basculer métaphoriquement Matahi dans l'ombre, il n'est plus qu'une ombre qui ramasse au sol la couronne de fleurs qu'il destinait par jeu à Reri juste auparavant. Ray joue plutôt sur les regards dans un échange de gros plans et plans rapprochés des visages de Doya et Umaprasad exprimant leur surprise puis leur désappointement mutuel.<br /><br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp3.blogger.com/_TvdHWoq1du4/R3LQ9fT6lmI/AAAAAAAAAPA/OlRvpFsXcoA/s1600-h/d%C3%A9ess.JPG"><img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer;" src="http://bp3.blogger.com/_TvdHWoq1du4/R3LQ9fT6lmI/AAAAAAAAAPA/OlRvpFsXcoA/s320/d%C3%A9ess.JPG" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5148407078833526370" border="0" /></a>De l'intenable situation s'imposant à l'intériorité des personnages féminins qui nous importent ici, deux mouvements extérieurs vont s'opposer : la fuite pour le couple amoureux Reri-Matahi, la résignation pour Doya qui amorce cependant une fuite organisée par son ami Umaprasad mais à laquelle elle renonce in extremis dans la contrition, de crainte d'être réellement réincarnation de "la mère". Matahi s'enfuie avec Reri en des territoires colonisés peu certains où les habitants se joueront de leur ignorance de la nouvelle religion de la civilisation colonisatrice (l'argent) tandis que Doyamoyee, qui reste déesse devenant "le rêve fait réalité" du père ascétique de Umaprasad, se condamne à se fixer dans une société qui, par son "statut" (Satyajit Ray évoque à plusieurs reprises ce statut comme la <span style="font-style: italic;">statufiant</span> littéralement) nouvellement acquis, l'étreint et la prive de toutes ses libertés.<br /><br />Le cinéaste bengali, sans jamais négliger les autres personnages, semble <a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp2.blogger.com/_TvdHWoq1du4/R3LQWPT6llI/AAAAAAAAAO4/3wlnxZ9m6u4/s1600-h/tabu.jpg"><img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 217px; height: 166px;" src="http://bp2.blogger.com/_TvdHWoq1du4/R3LQWPT6llI/AAAAAAAAAO4/3wlnxZ9m6u4/s320/tabu.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5148406404523660882" border="0" /></a>se focaliser sur la schizophrénie de Doyamoyee aliénée dans son rôle, sa fonction, de déesse (aliénant à son tour la foule) qui la conduit inéluctablement à la folie comme le suggère l'un des derniers plans du film où elle disparaît, hagarde, dans la brume. Il concentre sa mise en scène autour de l'actrice qui joue le rôle de Doya, saisi ses affects dans plusieurs gros plans frappants. Quant au cinéaste allemand exilé à Bora-Bora, il suit la fuite sans issue du couple solidaire, s'attache plus précisément aux liens unissant les deux amants dans leur échappée. <br /><br />Ray et Murnau veillent à laisser les spectateurs aussi longtemps que possible dans une zone de flottement vis-à-vis des phénomènes qui se présentent aux deux jeunes filles et qui encouragent leur soumission à la loi du prêtre. Le "miracle" de l'enfant sauvé comme les visions qui hantent Reri la nuit, signe de la malédiction censée planer au dessus du couple, donnent à voir dans une <span style="font-style: italic;">visibilité</span> surnaturelle les pouvoirs de Celui qui aurait élu les deux femmes. Pourtant, un autre enfant malade, Khoka (que Doya chérie), ne sera pas sauvé, et les apparitions nocturnes de Hitu sont finalement tout ce qu'il y a de plus réelles : son bateau est reparti sans lui, il est resté dans l'île pour tourmenter Reri et l'emmener avec lui. JM<br /></div>JMhttp://www.blogger.com/profile/00608068659879725796noreply@blogger.com