"Pars Vite Et Reviens Tard" - Régis Wargnier (France) - 2007 (ma note : 1/4)
L'enflure de la peste noire
La peste est au centre du dernier film de Régis Wargnier, "Pars Vite Et Reviens Tard". Et pourtant il n'y a pas plus de peste dans "Pars Vite Et Reviens Tard" que de virus dans le récent "The Host" de Joon-ho Bong. Fausse alerte : les actes de ceux qui croient propager la maladie par l'intermédiaire de puces contagieuses et semer la mort, sont en fait redoublés par une personne qui tue par injection d'un produit mortel comme nous l'apprenons lors du retournement final. Cette personne, afin de laisser croire que la peste noire est effectivement la cause de la mort, frotte le corps de ses victimes avec du charbon pour rendre noir leurs chairs. Mais voilà le problème, deux fois on nous le dit dans le film, il se trouve que la peste "noire" ne porte pas du tout ce nom parce qu'elle laisse des traces noires sur la peau de ses victimes. Decambrais (Michel Serrault) le dit à l'assassin : l'image communément véhiculée du corps noirci par la peste noire est une "image fausse".
Question, que fait Régis Wargnier de cette image fausse dans son film ? Il en use et abuse. Frappe moins le noir recouvrant les corps inertes que la vraie fascination avec laquelle ceux-ci sont présentés et disposés dans une pose que l'on pourrait qualifier de maniériste si nous étions en peinture. Corps robustes d'hommes allongés les bras écartés (probablement en référence aux interprétations religieuses de la peste), corps de femme replié sur lui-même, étendu dans un décors de carton pâte… Un tableau de Dali est, je crois, convoqué (probablement un clin d'œil) sur l'une des scènes de crime. L'image fausse de la peste, cette "mise en scène" comme le dit Adamsberg (José Garcia), est donc esthétisée à outrance par un Régis Wargnier qui, derrière la caméra, en pince visiblement pour cette débauche de corps inertes (y compris pour celui du mort qui est à l'origine de toute l'histoire).
Lors d'un flash mental grotesque, viennent se télescoper dans la tête de l'inspecteur les images de ces corps, un mime aux gesticulations désordonnées ou encore un personnage portant un masque moyenâgeux de protection contre la peste rencontrés dans la rue. Cette fausse image des corps, nulle, qui ne dialogue qu'avec elle-même (elle n'a de sens que pour la personne qui la produit), appelle d'autres images, toutes autant bouffonnes, qui viennent boursoufler dans l'esprit d'Adamsberg, faire écran. Elles l'empêchent, sur cette affaire, de développer son point fort habituel qui est l'intuition.
A deux pas de l'endroit où le crieur lit les messages du pseudo semeur de peste se trouve le musée Beaubourg où se tient l'exposition "Voyage(s) en utopie" de Jean-Luc Godard (on aperçoit, de loin, la reproduction du tableau de Matisse que Godard avait accrochée de façon à être vue de l'extérieure, accompagnée de la citation de Bazin : "la robe sans couture de la réalité"). Drôle de proximité pour le tournage d'un film qui se démène, tant bien que mal, avec une "image fausse"…une "picture" dirait Godard ? JM
Sur le virus dans "The Host", on pourra lire ce texte.




