vendredi, novembre 16, 2007

Vivent, les morts !



Charge féroce contre la politique extérieure et intérieure usienne, "Land Of The Dead" (2006) de George A. Romero (très en forme aussi du point de vue de la mise en scène qui donne force à son propos), tire dans tous les sens et frappe juste. Je n'irai pas jusqu'à exagérer en prétendant qu'un plan sur deux du film contient une idée politique mais on n'en est pas très loin. Tout y passe, généralement de la façon la plus implicite possible, parfois même, fugacement, au détour d'un plan de coupe comme cette pique à l'égard de la télévision, devenue petit théâtre de marionnettes dans le quartier pauvre où une fresque de la statue de la liberté, aperçue en arrière plan, orne ironiquement le mur d'entrée.

Il y a bien sûr toutes sortes d'allusions au terrorisme, au 11 septembre (Cholo se retournant contre son employeur, c'est Ben Laden qui se retourne contre les USA) et à la guerre du pétrole en Irak (Kaufman sera tué par de l'essence versée à la pompe). Si le scénario de Romero évite à ses personnages principaux (Cholo, joué par J. Leguizamo) d'avoir recours au terrorisme pour liquider le puissant Kaufman (D. Hopper), ce sont les "walkers" (surnom donné aux zombies suggérant peut-être leur absence d'immobilisme, précisons ici que leur leader est noir) qui s'en chargent. Ils s'organisent dans un seul but : détruire Kaufmann et son petit empire. Quand ils arrivent uptown ils ne rivent plus leurs yeux sur les feux d'artifices mais les rivent sur le gigantesque immeuble de Kaufmann. Il faut dire qu'ils sont bien aidés de l'intérieur par Kaufmann lui-même qui, sentant la débâcle, sape sa base. Les "Walkers" qui, au début du film ne semblent que des cibles à tirer, au fur et à mesure du film, obtiennent toute la sympathie du public et des "chasseurs" qui leurs tiraient dessus au départ, comme le dernier commentaire de Riley (S. Baker) à leur encontre le précise.

On peut constater non sans ironie que Dennis Hopper, qui joue dans le film le rôle du chef tout puissant aux poches pleines de fric, non pas joue un rôle contraire à son habitude (voir la carrière de l'acteur dans les années 70), mais signait l'été dernier la fameuse pétition contre le terrorisme du Hezbollah et du Hamas au Liban et à Israël. Un peu à la manière d'un Gary Cooper jouant en 52 dans "Le Train Sifflera Trois Fois", charge antimaccarthyste de Zinnemann, et dénonçant ses collègues communistes quelques temps plus tard en commission.

Le principe du "goulot" expliqué par un militaire surveillant la zone à un de ses collègues évoque bien entendu la politique usienne inhumaine à la frontière avec le Mexique : laisser ouvertes seulement les portions de frontière par où les immigrants clandestins - appelés aussi "wetbacks", "dos mouillés", en référence à leur traversée nécessaire du fleuve Rio Grande pour passer, de même que les "walkers" du film doivent franchir une barrière d'eau pour passer du côté riche de la ville - ont toutes les chances de périr à cause de conditions naturelles extrêmement difficiles. JM

PS : Je signale la parution récente d'un livre "Politique Des Zombies, L'Amérique selon G. A. Romero" chez Ellipse.