"Respiro" - Emanuele Crialese (Italie) - 2003
Le film se passe sur une île, au sud de la Sicile. La mer est bleue comme sur les affiches du Club Med, on voyage toujours en scooter à deux ou trois sur le même engin, il y a des bandes de jeunes qui s'affrontent, trop de chiens alors on les enferme, des hommes machos et violents, des vieilles chouettes pétries de tradition qui jactent, et la jeune, belle et fofolle Grazia, son mari et ses enfants.Mare aux clichés ? Non, mer ! Le moins que l'on puisse dire est que Emanuele Crialese s'y baigne avec l'aise et la complaisance des mauvais cinéastes. Pire, il ne parvient jamais à dépasser ces clichés et fait souvent preuve d'une ambiguïté de fort mauvais goût : la Grazia, indépendamment du fait qu'elle se bat pour ses libertés en tant que femme, est effectivement un peu zinzin et le cinéaste scénariste ne peut pas ainsi ne pas donner un peu raison aux vieilles bigotes qui veulent l'envoyer à Milan pour se faire soigner; de même qu'à la fin, qui se veut probablement un happy-end, le mari (dont le machisme avait fait fuir sa femme) un peu puni retrouve sa Grazia transformée en sainte, ce qui fait tomber définitivement le film dans le pire scénario machiste possible. Le plan final, c'est une jolie idée formelle qui se place bien du côté de la profondeur psycholo-gisante du film. C'est peut-être superbe mais je trouve le fond du plan assez abject.
Du côté des fils de Grazia, Crialese paraît connaître un peu Freud et nous livre, semble-t-il, du complexe d'Œdipe en veux-tu en voilà avec une lourdeur égale aux choix de sa mise en scène (Crialese voudrait probablement filmer les pieds comme Bresson mais il se contente de filmer "comme un pied" : il n'a pas saisi, je crois, que ça ne sera pas "encore mieux" en filmant au ralenti). Le plus âgé des deux tuera la mère aux yeux du père et emmènera celle-ci dans une grotte, que lui seul connaît, où elle va pouvoir se cacher (symbolique lourde : le coq qui réveille le garçon de son délire, il sera mangé avec la mère avant que celle-ci ne demande à son fils : "où est mon mari ?"). Quant au plus jeune, puisqu'il a peu d'espoir avec la mère, il transfèrera l'amour qu'il a pour sa mère sur sa sœur lors d'une grotesque séquence face à la mer qui permet d'affirmer que les enfants acteurs sont aussi mal dirigés que les adultes. JM
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