"La Légende De Beowulf" - Robert Zemeckis (USA) - 2007
Nombre de choses dans "La Légende De Beowulf", le nouveau film de Robert Zemeckis intégralement réalisé en images de synthèse, sont tout à fait nulles, telle la misogynie crasse qui émane de l'ensemble du projet (la femme y tient en effet deux rôles : cruche ou tentatrice).
Toutefois le film sait se rendre relativement intéressant lorsqu'il aborde la question de l'héroïsme. Les scénaristes (Roger Avary, Neil Gaiman) rejouent l'opposition entre les dieux grecs (même si nous sommes plutôt ici du côté des légendes celtes) et le dieu du christianisme. Beowulf pleure, lors d'une scène forte, la mort des héros rongés par la culpabilité à l'ère du christianisme triomphant (religion, nous l'apprenons, reconnue officielle juste après son arrivée sur le trône). Beowulf qui, hier encore affirmait sa défaite lors d'une grande course à la natation en mer contre un adversaire comme imputable aux divers démons qu'il devait en même temps affronter au fond de l'eau, se trouve plongé dans le ressentiment et la tristesse lorsqu'il est fait roi, combat sans gloire ses adversaires avec son armée, et passe ses nuits à forniquer avec une gamine. La culpabilité ronge notre héros, sa "mauvaise" vie le pousse à demander sa propre mort à un soldat du camp adverse, ironie du sort, affublé d'une peau de loup.
Toute la lourde et vieillotte symbolique de l'épée et du sexe du héros, talon d'Achille de Beowulf, est ici convoquée. Elle l'est en particulier lors de sa rencontre avec la mère de Grendel, déesse hantant une grotte humide qui, se métamorphosant en bombe sexuelle, échange avec les inconnus qui pénètrent son lieu, un enfant contre la couronne du royaume. Beowulf, tenté, n'y résistera bien sûr pas.
Pour résumer de façon un peu abrupte et simplifiée, le christianisme juge l'existence fautive là même où les grecs envisageaient que les dieux assumaient les responsabilités des fautes des humains. C'est précisément cette différence amorcée dans l'existence du héros, cette différence en lui-même, qui provoque sa chute malgré son sursaut final dans lequel il épuise ses dernières forces. Quelques très belles scènes évoquent le cinéma d'Eisenstein ("Alexandre Nevski" ou "Que Viva Mexico"), sa manière de représenter la religion caricaturalement, ses exécutants (les prêtres) comme d'immondes créatures rampantes et fourbes.
Ces formes de "nihilisme" religieux de l'existence semblent trouver un étrange écho dans le procédé formel 3D autrement nihiliste (niant la chair humaine) de Zemeckis, procédé poussé dans son ultime retranchement ironique, utilisant des acteurs célèbres pour la modélisation des personnages, ou encore concentrant l'organique, l'intramusculaire dans la figure d'un monstre (Grendel). JM
Toutefois le film sait se rendre relativement intéressant lorsqu'il aborde la question de l'héroïsme. Les scénaristes (Roger Avary, Neil Gaiman) rejouent l'opposition entre les dieux grecs (même si nous sommes plutôt ici du côté des légendes celtes) et le dieu du christianisme. Beowulf pleure, lors d'une scène forte, la mort des héros rongés par la culpabilité à l'ère du christianisme triomphant (religion, nous l'apprenons, reconnue officielle juste après son arrivée sur le trône). Beowulf qui, hier encore affirmait sa défaite lors d'une grande course à la natation en mer contre un adversaire comme imputable aux divers démons qu'il devait en même temps affronter au fond de l'eau, se trouve plongé dans le ressentiment et la tristesse lorsqu'il est fait roi, combat sans gloire ses adversaires avec son armée, et passe ses nuits à forniquer avec une gamine. La culpabilité ronge notre héros, sa "mauvaise" vie le pousse à demander sa propre mort à un soldat du camp adverse, ironie du sort, affublé d'une peau de loup.
Toute la lourde et vieillotte symbolique de l'épée et du sexe du héros, talon d'Achille de Beowulf, est ici convoquée. Elle l'est en particulier lors de sa rencontre avec la mère de Grendel, déesse hantant une grotte humide qui, se métamorphosant en bombe sexuelle, échange avec les inconnus qui pénètrent son lieu, un enfant contre la couronne du royaume. Beowulf, tenté, n'y résistera bien sûr pas.
Pour résumer de façon un peu abrupte et simplifiée, le christianisme juge l'existence fautive là même où les grecs envisageaient que les dieux assumaient les responsabilités des fautes des humains. C'est précisément cette différence amorcée dans l'existence du héros, cette différence en lui-même, qui provoque sa chute malgré son sursaut final dans lequel il épuise ses dernières forces. Quelques très belles scènes évoquent le cinéma d'Eisenstein ("Alexandre Nevski" ou "Que Viva Mexico"), sa manière de représenter la religion caricaturalement, ses exécutants (les prêtres) comme d'immondes créatures rampantes et fourbes.
Ces formes de "nihilisme" religieux de l'existence semblent trouver un étrange écho dans le procédé formel 3D autrement nihiliste (niant la chair humaine) de Zemeckis, procédé poussé dans son ultime retranchement ironique, utilisant des acteurs célèbres pour la modélisation des personnages, ou encore concentrant l'organique, l'intramusculaire dans la figure d'un monstre (Grendel). JM
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