"Keane" - Lodge H. Kerrigan (USA) - 2004
L'obsession du père pour sa fille disparue est le véhicule de l'obsession du cinéaste pour le corps de l'acteur filmé en caméra à l'épaule et omniprésent dans le plan. La quête obsessionnelle de la fille perdue se traduit pour le cinéaste par la quête obsessionnelle de montrer le père, là, mais dans tous ses états. Comme si l'absence du corps de l'enfant provoquait le déséquilibre du plan, et qu'il faille boucher le trou béant laissé par l'enfant absent avec quelque chose d'autre, et Kerrigan choisissant (il s'agit bien d'un choix de mise en scène, absolument pas d'une fatalité) de le boucher avec ce qu'il y a de plus simple, ce qu'il a sous la main : le personnage de Damian Lewis "multiplié par deux", c'est-à-dire filmé sans distance, occupant le plan, comme le permettent aussi aujourd'hui les petites caméras DV (il s'agit, ici, d'une caméra portative 35 mm non numérique) .
Evidemment, hélas, le film se réduit vite en une performance irritante d'acteur en roue libre toute en tics et attitudes. Echec (pour peu qu'il y ait eu tentative ?) à filmer 'l"intériorité" du personnage, renforcé par l'usage de la voix de l'acteur qui se parle à lui-même, mais qui, en réalité, ne cesse de paraître parler à la caméra, et donc aux spectateurs, lui disant : "regardez comme je suis fou".
De mon point de vue on doit rejeter l'hypothèse néo-réaliste avancée ici ou là. Il faut que ça bouge sans arrêt, Keane est sans cesse en train de réagir à sa situation d'impuissance (la perte de son enfant s'il on reste au premier degré du scénario, ce qui me semble le plus probable pour rapprocher éventuellement le film du néo-réalisme, sinon on bascule dans la schizophrénie, les cas cliniques, enfin des choses peu en phase avec le néo-réalisme je pense). Le "temps" dans lequel le réalisateur veut faire basculer le spectateur n'est pas celui du néo-réalisme, les réactions désordonnées du père filmées nerveusement caméra à l'épaule forcent le temps plutôt que de le mettre en suspens, selon moi. Keane, par ses actions incessantes, fend le temps, il le viole. Et Kerrigan, fait un choix de mise en scène absolument conforme aux postures du personnage principal de son film. C'est finalement un choix assez proche du flux télévisuel, l'"image" qui doit sans arrêt rebondir sur l'"image" suivante, vite, sans rupture, quitte à ce que celle-ci vienne se substituer à l'éphémère "image" précédente en l'annihilant. Ce qu'on peut appeler le "Mindfuck télévisuel". JM
L'obsession du père pour sa fille disparue est le véhicule de l'obsession du cinéaste pour le corps de l'acteur filmé en caméra à l'épaule et omniprésent dans le plan. La quête obsessionnelle de la fille perdue se traduit pour le cinéaste par la quête obsessionnelle de montrer le père, là, mais dans tous ses états. Comme si l'absence du corps de l'enfant provoquait le déséquilibre du plan, et qu'il faille boucher le trou béant laissé par l'enfant absent avec quelque chose d'autre, et Kerrigan choisissant (il s'agit bien d'un choix de mise en scène, absolument pas d'une fatalité) de le boucher avec ce qu'il y a de plus simple, ce qu'il a sous la main : le personnage de Damian Lewis "multiplié par deux", c'est-à-dire filmé sans distance, occupant le plan, comme le permettent aussi aujourd'hui les petites caméras DV (il s'agit, ici, d'une caméra portative 35 mm non numérique) . Evidemment, hélas, le film se réduit vite en une performance irritante d'acteur en roue libre toute en tics et attitudes. Echec (pour peu qu'il y ait eu tentative ?) à filmer 'l"intériorité" du personnage, renforcé par l'usage de la voix de l'acteur qui se parle à lui-même, mais qui, en réalité, ne cesse de paraître parler à la caméra, et donc aux spectateurs, lui disant : "regardez comme je suis fou".
De mon point de vue on doit rejeter l'hypothèse néo-réaliste avancée ici ou là. Il faut que ça bouge sans arrêt, Keane est sans cesse en train de réagir à sa situation d'impuissance (la perte de son enfant s'il on reste au premier degré du scénario, ce qui me semble le plus probable pour rapprocher éventuellement le film du néo-réalisme, sinon on bascule dans la schizophrénie, les cas cliniques, enfin des choses peu en phase avec le néo-réalisme je pense). Le "temps" dans lequel le réalisateur veut faire basculer le spectateur n'est pas celui du néo-réalisme, les réactions désordonnées du père filmées nerveusement caméra à l'épaule forcent le temps plutôt que de le mettre en suspens, selon moi. Keane, par ses actions incessantes, fend le temps, il le viole. Et Kerrigan, fait un choix de mise en scène absolument conforme aux postures du personnage principal de son film. C'est finalement un choix assez proche du flux télévisuel, l'"image" qui doit sans arrêt rebondir sur l'"image" suivante, vite, sans rupture, quitte à ce que celle-ci vienne se substituer à l'éphémère "image" précédente en l'annihilant. Ce qu'on peut appeler le "Mindfuck télévisuel". JM
0 commentaires:
Enregistrer un commentaire