vendredi, septembre 14, 2007

Voici quelques notes provenant d’un stage avec Jean Douchet à l'Institut Lumière de Lyon. Douchet, en s'appuyant sur les questions du public laisse aller sa pensée sur le film et l'exprime en direct. J'ai essayé dans la mesure du possible de composer par thèmes ses remarques.

"College", Buster Keaton & James W. Horne, 1927, USA.

Selon Douchet, pas le meilleur film de Keaton, un film plutôt extérieur à Keaton. Il s'agit d'un répertoire de ce qui peut se faire sur un stade dans les universités. Keaton est l'un des plus grands champions du XXème siècle !! Exploits étonnants (il n'est pas doublé, pas de trucage).

Immense comique et immense cinéaste. Concurrence avec Chaplin (années 20/30 : burlesque). Chaplin a continué avec le parlant tandis qu'il a tué Keaton (deux films parlants). Chaplin travaillera plutôt le mime. Keaton joue toujours l'exactitude de l'exploit sportif. Il sait déclencher le rire collectif (différent de Tati : les rires s'étalent). Sous cet aspect là il est le plus grand comique. Il n'a pas la dimension humaniste de Chaplin. Chaplin est allé vers l'agressivité, Keaton agressif : ça n'a pas de sens.

Fin qui détériore le bonheur. Intrigue élémentaire. Critique du système américain ? Oui, mais c'est plus subtil que cela ! Ça n'est pas ça qui préoccupe Keaton. Ce qui le préoccupe : "C'est quoi l'intelligence ?". On est intelligent quand on s'adapte, sinon , non.

Les chorégraphies de Keaton : jeu des espaces sont le moteur de l'histoire et l'Amour le moteur des chorégraphies.

Difficile de parler du comique. Qu'est-ce qu'un comique (différent de la comédie : mensonge qui implique une vérité) ? Le comique c'est un tragique qui fait rire. Personnages affrontés à l'univers (loi de gravitation, société, les autres). Rapport direct avec une fatalité face à l'univers et comment renverser la situation à son avantage (De Funès n'a pas su travailler son comique). L'univers est contre Keaton (deux univers : l'autre univers et le sien, dans la mise en scène c'est très clair). Sur une horizontale son univers. Sur une autre horizontale le monde réel. Il faut alors prendre les perpendiculaires. La confrontation se fait sur la perpendicularité. Dans le film, plan avec la mère (frontal) et il affronte les éléments. Loi physique de la chaleur qui casse son horizontalité. Ozu (comédies comiques) travaille aussi sur horizontalité et perpendicularité (à l'extrême). Les Frères Lumière ont travaillé la diagonale. Les comiques sont la projection dérisoire du public. Keaton c'est l'idiot, c'est celui qui fait rire. Le comique est triste en soi. Paratonnerre des catastrophes que chacun craint et que, lui, transforme en quelque chose de drôle. "la chute" à la base du comique. La vulnérabilité devient source de ce dont on rit. Il pourrait se casser la figure mais il s'en sort ! Le comique c'est sérieux. Un comique de caricature n'est pas un grand comique. "Pourquoi l'univers m'est hostile ?" Affronter l'espace (il ne travaille pas le temps ou la durée). Il travaille l'immédiateté de l'action et le déplacement.

Les gags sont mathématiques, géométriques. Ils obéissants aux lois de la physique. (un autre : Tati mais pas avec la même force). Rigueur mathématique du gag : pas de possibilité d'échapper à cette rigueur. Précision millimétrique. Keaton vient du monde du spectacle (parents comiques), il a une formation d'acrobate (cascades calculées au millimètre près).

C'est un cinéma de poète !

Pourquoi échoue-t-il à l'arrivée du parlant ? La réponse est dans la question. La parole est pour la comédie en revanche le comique fonctionne sur l'image et pour l'image. C'est un personnage qui n'a pas à parler. Une seule fonction : affronter le monde à tout moment. Visage fermé qui ne fait pas de grimaces. Obsédé dans l'idée d'imposer son univers à l'univers et qui va gagner ! C'est le génie cosmique de Keaton. Marx Brothers : ils s'attaquent au langage sauf un qui est muet ! Tati parle peu pourtant c'est parlant, il transforme le parlant en bruit. Langlois disait : "si le cinéma était né parlant, il n'y aurait pas eu d'art cinématographique".

Un metteur en scène est comme un agent de la circulation. Chez Keaton il n'y a que de la circulation. Langton travaille plutôt le statique. Il n'y a pas d'arrêt du temps chez Keaton. On ne peut pas s'arrêter, il y a une course (voir la fin du film). L'univers est en mouvement perpétuel. Quand Keaton s'arrête, l'univers reste en mouvement. L'univers doit accorder son mouvement à celui de Keaton.

La passion du cinéma lui vient tard. Rivalité d'ego entre père et fils. L'acrobate pour faire rire est obligé d'avoir un masque. On pense au masque du théâtre Nô au Japon.

Les grands comiques contrôlent leurs gags (ils sont leurs propres metteurs en scène). Effet perdu si la caméra n'est pas à la bonne place. Keaton contrôle tout au niveau de la mise en scène, comme Chaplin, Tati, ou même De Funès !

Keaton différent de l'humour et l'ironie (je suis coupable et je dis "oui" car la société m'accuse mais j'accepte tellement que je la retourne contre vous). Ça le rend très particulier. Exemples : Buñuel ironie, Hitchcock humour. Allen humour juif de minorité.

Les publics : 14-16 ans Keaton
7 ans Laurel et Hardy
12 ans Chaplin
3, 4 ans Langton (stade anal, il a plu aux surréalistes)