"Une Ville D'Amour Et D'Espoir", N. Oshima (1959)
Quelques notes éparses (à compléter et corriger) à propos d'un film inédit de Nagisa Oshima visible depuis peu en salles.
Le titre du film est bien sûr totalement ironique puisque l'amour sera empêché entre chacun des personnages du film par les conditions sociales régnant dans la ville dont le nom n'est, je crois, jamais cité (entre la bourgeoise Kyoko et Masao un garçon pauvre, entre le frère de Kyoko et la prof de Masao). Pas d'espoir non plus : à la fin, au dernier plan, on comprend que Masao devient ouvrier, soit exactement ce que sa mère ne voulait pas qu'il devienne. Juste avant, le frère et la sœur sur le balcon de leur maison, tuent le pigeon de Masao. Geste symbolique ridicule qui suggère leur impuissance à trouver, finalement, l'un comme l'autre, un terrain d'entente avec la classe qui leur est inférieure. Cette impuissance se traduisant, dans l'histoire, par un échec des relations amoureuses que, du reste, Oshima aura présenté tout au long du film comme extrêmement précaires. Le pigeon est tué symboliquement parce que le frère et la soeur croient sans doute qu'il est à l'origine de tous leurs problèmes (et aussi la fille pense débarrasser Masao de sa mauvaise manie de vendre les pigeons : jusqu'au bout elle aura une "compréhension" de Masao, certes pleine de bonne volonté, mais qui restera totalement bourgeoise). Oshima filme de telle façon qu'implicitement le spectateur comprend parfaitement que les vrais problèmes sont bien ailleurs, ancrés profondément dans une société de classes japonaise clivée.
Chez Oshima les jeunes qui se rebellent et qui sont issus de la bourgeoisie sont montrés comme tel. Le réalisateur n'estompe surtout pas les différences de classes de manière démagogique. Il a le recul nécessaire pour parler de ces choses-là et est capable d'embrasser tous les points de vues honnêtement, sans tricher avec le spectateur.
Oshima excelle à montrer les flux d'argent dans la ville et à exprimer son dégoût face à ceux-ci (l'enchaînement frappant de plans de l'amoncellement des denrées avec leurs prix sur les étalages au rat crevé gisant sur le béton par exemple). Le principe d'Oshima qui est au centre du film consiste à bien montrer (souvent en gros plan) au spectateur dès qu'un échange d'argent ou même de marchandise se produit dans le plan. Cette sur-visibilité des choses liées à l'argent renforce l'idée que la société dans laquelle vivent les personnages du film (qui est aussi bien la notre) repose entièrement sur un système de valeurs marchandes. Oshima semble nous dire : "l'essentiel dans la société que je filme, c'est l'argent, donc je le filme frontalement dès qu'il apparaît dans les rapports entre individus." Évidemment la déduction qu'effectue le spectateur d'un tel principe est ici une déduction critique puisque d'un tel enchaînement matérialiste ne naît que l'échec de toute humanité, de tout espoir, de tout amour.
Les adolescents semblent pris dans des rapports de regards dominés-dominants antagonistes :
Masao est tiraillé entre le regard en contre-plongée de sa mère et celui en plongée de Kyoko (la mère toujours assise ou allongée et Masao presque toujours debout au sein du foyer). Il faut choisir entre partir au lycée comme le désire sa mère ou entrer dans l'entreprise du père de Kyoko comme le veut Kyoko.
Kyoko est tiraillée entre le regard en contre-plongée de Masao et celui en plongée de son père (Kyoko rencontre Masao dans la rue alors qu'il est dans la position des cireurs de chaussures. Dernier plan avec le père en haut des escaliers qui non seulement rejoint définitivement le point de vue des dominants mais veut l'inculquer à cette occasion à sa fille). L'intensité de sa lutte acharnée contre son frère peut être perçue comme une impuissance totale à lutter contre le père tout puissant.
Pour les enfants, la petite soeur handicapée mentale de Masao et le petit frère de Kyoko, c'est peut-être un peu différent... JM
Le titre du film est bien sûr totalement ironique puisque l'amour sera empêché entre chacun des personnages du film par les conditions sociales régnant dans la ville dont le nom n'est, je crois, jamais cité (entre la bourgeoise Kyoko et Masao un garçon pauvre, entre le frère de Kyoko et la prof de Masao). Pas d'espoir non plus : à la fin, au dernier plan, on comprend que Masao devient ouvrier, soit exactement ce que sa mère ne voulait pas qu'il devienne. Juste avant, le frère et la sœur sur le balcon de leur maison, tuent le pigeon de Masao. Geste symbolique ridicule qui suggère leur impuissance à trouver, finalement, l'un comme l'autre, un terrain d'entente avec la classe qui leur est inférieure. Cette impuissance se traduisant, dans l'histoire, par un échec des relations amoureuses que, du reste, Oshima aura présenté tout au long du film comme extrêmement précaires. Le pigeon est tué symboliquement parce que le frère et la soeur croient sans doute qu'il est à l'origine de tous leurs problèmes (et aussi la fille pense débarrasser Masao de sa mauvaise manie de vendre les pigeons : jusqu'au bout elle aura une "compréhension" de Masao, certes pleine de bonne volonté, mais qui restera totalement bourgeoise). Oshima filme de telle façon qu'implicitement le spectateur comprend parfaitement que les vrais problèmes sont bien ailleurs, ancrés profondément dans une société de classes japonaise clivée. Chez Oshima les jeunes qui se rebellent et qui sont issus de la bourgeoisie sont montrés comme tel. Le réalisateur n'estompe surtout pas les différences de classes de manière démagogique. Il a le recul nécessaire pour parler de ces choses-là et est capable d'embrasser tous les points de vues honnêtement, sans tricher avec le spectateur.
Oshima excelle à montrer les flux d'argent dans la ville et à exprimer son dégoût face à ceux-ci (l'enchaînement frappant de plans de l'amoncellement des denrées avec leurs prix sur les étalages au rat crevé gisant sur le béton par exemple). Le principe d'Oshima qui est au centre du film consiste à bien montrer (souvent en gros plan) au spectateur dès qu'un échange d'argent ou même de marchandise se produit dans le plan. Cette sur-visibilité des choses liées à l'argent renforce l'idée que la société dans laquelle vivent les personnages du film (qui est aussi bien la notre) repose entièrement sur un système de valeurs marchandes. Oshima semble nous dire : "l'essentiel dans la société que je filme, c'est l'argent, donc je le filme frontalement dès qu'il apparaît dans les rapports entre individus." Évidemment la déduction qu'effectue le spectateur d'un tel principe est ici une déduction critique puisque d'un tel enchaînement matérialiste ne naît que l'échec de toute humanité, de tout espoir, de tout amour.
Les adolescents semblent pris dans des rapports de regards dominés-dominants antagonistes :
Masao est tiraillé entre le regard en contre-plongée de sa mère et celui en plongée de Kyoko (la mère toujours assise ou allongée et Masao presque toujours debout au sein du foyer). Il faut choisir entre partir au lycée comme le désire sa mère ou entrer dans l'entreprise du père de Kyoko comme le veut Kyoko.
Kyoko est tiraillée entre le regard en contre-plongée de Masao et celui en plongée de son père (Kyoko rencontre Masao dans la rue alors qu'il est dans la position des cireurs de chaussures. Dernier plan avec le père en haut des escaliers qui non seulement rejoint définitivement le point de vue des dominants mais veut l'inculquer à cette occasion à sa fille). L'intensité de sa lutte acharnée contre son frère peut être perçue comme une impuissance totale à lutter contre le père tout puissant.
Pour les enfants, la petite soeur handicapée mentale de Masao et le petit frère de Kyoko, c'est peut-être un peu différent... JM
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