vendredi, août 31, 2007

Antonioni, Bergman, c'est un peu exceptionnel, des types qu'on ne voit plus nulle part, retirés du monde, que la plupart des gens pensent déjà morts depuis longtemps. Ce qui est exceptionnel en eux leur échappe, c'est-ce qui fait "leur" victoire. Mais puisque cette victoire est tout sauf une victoire personnelle dans la mesure où elle résulte de la part qui échappe aux artistes, peut-on vraiment parler de "victoire" ? "Victoire" de quoi, de qui, sur quoi, sur qui ? Bien sûr, je peux dire : "J'ai découvert cette année "Saraband" et "Profession : Reporter", ces films m'ont bouleversé, leurs auteurs viennent de mourir, je suis triste" mais dans ce cas, ça n'est peut-être pas gagné ? La force de ces films, aussi autobiographiques soient-ils (je pense en particulier au dernier Bergman), c'est, je le crois pour moi-même, qu'ils se détachent de leurs auteurs lorsqu'ils frappent les spectateurs. J'ai le sentiment que Bergman ou Antonioni trouvent une forme tout à fait appropriée pour exprimer quelque chose de la vie au-delà de leurs noms, pas en leurs noms propres. Je retiens donc en priorité, et le dit, non sans une certaine joie, aujourd'hui encore où l'on apprend la re-disparition de leurs auteurs : "J'ai découvert cette année "Saraband" et "Profession : Reporter", ces films m'ont bouleversé".


Ici ou là on a pu lire, venant de quelques plumes probablement en deuil de "modernité" : "Bergman et Antonioni morts, il ne nous reste plus que Godard". Mais que rappelle précisément Godard dans ses "Histoire(s) du cinéma" ? "D'abord les œuvres, les hommes ensuite." Leurs auteurs, morts ou pas, les films d'Antonioni, Bergman ou Godard sont à voir, ou revoir. A consumer sans modération… JM