dimanche, mai 13, 2007

Une tendance du film d'animation.


"Les Contes De Terremer", premier long métrage de Goro Miyazaki, laisse circonspect. On a beau tordre le film dans tous les sens, impossible, en fin de projection, d'y trouver un quelconque intérêt. Évidemment, un premier film devrait susciter notre indulgence. Pourtant il n'est pas certain que Goro Miyazaki gagne à recevoir, de ses débuts, l'accueil tout en ronds de jambes que la critique française lui a accordé à la sortie de "Les Contes De Terremer" tant le film fait les frais de choix de mise en scène et de scénario peu judicieux. Parmi ces choix, une tendance qui semble se dégager de quelques film récents d'animation : le clin d'œil égotiste appuyé en direction du spectateur averti.

Dans le film de Goro Miyazaki, il s'agit de la référence lourdement psychologique aux relations tendues qu'il entretient avec son célèbre père Hayao Miyasaki, chef de file génial des Studio Ghibli. En effet, le film commence par un assassinat, celui d'un père par son fils Arren. Pourtant on cherche encore dans la suite du film quelles raisons on peut trouver pour ne pas se ficher gentiment de ce règlement de compte personnel initial qui ne fait rebondir la fiction que très faiblement. Il n'est pas certain que les petits problèmes de psychologie de Goro Miyazaki, illustrés qui plus est de la plus vieille manière symbolique qui soit (l'épée phallus, entre autre), nous intéressent outre mesure, d'autant plus lorsqu'ils baignent, comme ici, dans une paresse étriquée aussi bien esthétique que scénaristique.

Cette même tendance s'affirmait déjà différemment l'année dernière de l'autre côté du pacifique, dans "Cars". John Lasseter y glissait un certain nombre de scènes dans lesquelles il prenait un petit plaisir égoïste à rappeler ses frasques divers avec Disney, avec force sous entendus. John Lasseter affirma, par ailleurs, lors de la sortie de "Cars" que l'idée même de ce film lui était venue après un long voyage sur la fameuse "Route 66" durant ses vacances. Ainsi que dans le film de Miyazaki où la réflexion morale concernant la recherche de l'immortalité semble honorable tout le long du film avant qu'un final "sélectif" vienne discréditer l'ensemble, dans "Cars", le beau discours sur la fuite du temps perdu dans nos sociétés modernes vire vite à l'argumentaire poujadiste, doublé d'un final poulidorien dans la dernière ligne droite du film.

Rappelons que n'est nullement "auteur" de cinéma qui fait reposer paresseusement son travail sur quelques broutilles personnelles n'intéressant guère plus que lui-même. Ce que l'on doit attendre d'un "auteur" au cinéma, demain comme hier, c'est sa capacité à dépasser son "petit" ego, surtout lorsqu'il est très gros, pour penser un ou des énoncés cinématographiques constituant un regard tout personnel sur le monde réel ou, ici, sur un autre monde.. JM