Travellings "spectateurs"
Je ne pensais en voir que chez Rossellini : de longs travellings arrières fixant un élément précis de la scène et se dirigeant à reculons dans la foule qui assiste à l'évènement filmé en début de travelling. Deux m'ont particulièrement frappé chez lui : celui du repas du roi à Versailles dans "La prise du pouvoir de Louis XIV" (1966) ainsi bien sûr que le travelling final de "Voyage en Italie" (1953) ; et une manière, que je croyais inédite, de passer, de faufiler (à tel point qu'on ignore après coup comment le mouvement a pu être réalisé techniquement) la caméra au travers des gens ou légèrement au-dessus d'eux, de révéler longuement une "masse populaire" dans une prise de recul, un retrait, invitant éventuellement le spectateur du film à se fondre dans la masse après avoir eu le privilège d'assister à tel ou tel évènement au plus près (détails sur l'attitude du roi à table et du service dans "Prise du pouvoir", retrouvailles du couple in extremis dans "Voyage en Italie").
J'ai découvert exactement le même type de mouvement il y a quelques temps, avec surprise, chez Buñuel (autant le dire, par ailleurs ces deux grands réalisateurs ont tout pour être opposés, "violemment" même. Buñuel, dans ses mémoires affirme d'ailleurs ne pas apprécier les films de Rossellini qu'il connait). Dans "El" (1952), le réalisateur espagnol "glisse" un mouvement similaire dans la scène d'ouverture de l'église où l'on se déplace parmi le peuple qui assiste à l'office après que Buñuel ait filmé avec force détails le cœur de la cérémonie pour quelques raisons bien compréhensibles qui ne peuvent que difficilement échapper au spectateur. Là encore, comme chez Rossellini, Buñuel juge important de replacer au dernier moment les spectateurs du film du côté de la foule, à distance, loin de la précision des gestes et/ou des regards enregistrés précédemment. JM
Je ne pensais en voir que chez Rossellini : de longs travellings arrières fixant un élément précis de la scène et se dirigeant à reculons dans la foule qui assiste à l'évènement filmé en début de travelling. Deux m'ont particulièrement frappé chez lui : celui du repas du roi à Versailles dans "La prise du pouvoir de Louis XIV" (1966) ainsi bien sûr que le travelling final de "Voyage en Italie" (1953) ; et une manière, que je croyais inédite, de passer, de faufiler (à tel point qu'on ignore après coup comment le mouvement a pu être réalisé techniquement) la caméra au travers des gens ou légèrement au-dessus d'eux, de révéler longuement une "masse populaire" dans une prise de recul, un retrait, invitant éventuellement le spectateur du film à se fondre dans la masse après avoir eu le privilège d'assister à tel ou tel évènement au plus près (détails sur l'attitude du roi à table et du service dans "Prise du pouvoir", retrouvailles du couple in extremis dans "Voyage en Italie").
J'ai découvert exactement le même type de mouvement il y a quelques temps, avec surprise, chez Buñuel (autant le dire, par ailleurs ces deux grands réalisateurs ont tout pour être opposés, "violemment" même. Buñuel, dans ses mémoires affirme d'ailleurs ne pas apprécier les films de Rossellini qu'il connait). Dans "El" (1952), le réalisateur espagnol "glisse" un mouvement similaire dans la scène d'ouverture de l'église où l'on se déplace parmi le peuple qui assiste à l'office après que Buñuel ait filmé avec force détails le cœur de la cérémonie pour quelques raisons bien compréhensibles qui ne peuvent que difficilement échapper au spectateur. Là encore, comme chez Rossellini, Buñuel juge important de replacer au dernier moment les spectateurs du film du côté de la foule, à distance, loin de la précision des gestes et/ou des regards enregistrés précédemment. JM
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