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One + One
Deux petites figures tracées dans la buée d'un miroir. Deux cercles sur un triangle pour l'une, un trait pour l'autre : une femme, un homme, qui se tiennent la main.
Anna les a tracé pour Zhao. Elle est russe, Tao est chinoise. Elles sont danseuses au parc "The World" le jour, se croisent à la buanderie de l'internat des employés la nuit. Les deux femmes comprennent très bien un "merci" dans la langue de l'autre pour remercier d'un peu de lessive offerte, mais pour demander à Tao si elle est mariée, Anna a l'idée de tracer ses deux figures. L'impossibilité de communiquer dans la différence des deux langues amène Anna à composer cette fresque éphémère - qui s'avèrera, dans sa forme, tristement annonciatrice du destin des deux femmes dont les couples s'estompent - sur le miroir pour interroger le cœur de Tao. Fresque autour de laquelle naît peut-être une amitié, vraisemblablement, les deux femmes s'absentant un moment à leur tâche quotidienne pour échanger une part d'intimité de leurs vies respectives. Au dessin archaïque d'Anna, résultant d'une volonté, d'une nécessitée absolue de communiquer impossible en ce lieu par d'autres moyens, s'opposent les messages animations reçus par Tao de "son homme", Taisheng.
L'exubérance de ces messages, offerts au regard des spectateurs en plein écran, crée un certain malaise : leur esthétique outrancière informe mal leur réceptrice de l'amour en fuite de leur diffuseur. Il y a quelque chose d'un peu artificiel dans les rapports entre Tao et Taisheng, l'idée d'Taisheng de se réconcilier après une dispute avec Tao dans une boutique souvenir du parc en se faisant filmer voguant sur un tapis volant devant des paysages du monde entier qui défilent derrière le couple par effet numérique, est à l'image de cette légère impression d'artificialité.
Deux silhouettes vacillantes, dans le monde.
Deux petites figures qui firent toute la simplicité et l'authenticité d'une improbable rencontre. JM
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