Entretiens exclusifs 1
"François est peut-être mort. Je suis peut-être vivant. Il n’y a pas de différence, n’est-ce pas ?" Jean-Luc Godard
Entretien exclusif entre François Truffaut et Steven Spielberg à l'occasion de la sortie de "Catch Me If You Can" :
- FT : Bonjour Monsieur Spielberg.
- SS : Bonjour.
- FT : Nous sommes ensembles pour discuter de votre film "Catch Me If You Can". C'est un film qui a bien marché ?
- SS : Oui, les gens ont couru pour aller le voir : 30 040 000 chez nous, et je crois quelque chose comme 1 137 654 en France la première semaine. Bravo aux spectateurs français de soutenir toujours mes films.
- FT : J'aime assez ce film, il a peu de défauts à mes yeux. Vous faite preuve ici d'une cohérence artistique absolue. Ca n'est pas un de vos grands films malades.
- SS : Yes. Je suis d'accord avec vous, j'étais très à l'aise pour ce film. Je savais exactement ce que je voulais, je me suis reposé sur un rythme subtile et je crois que ça fonctionne plutôt bien, il suffit de le trouver et de s'y tenir. Par ailleurs ce film est personnel. J'aurais pu être Frank Abagnale Jr.
- FT : Justement, vous abordez ce point, n'êtes-vous pas, quand même, un peu devenu ce Frank là, en tant que metteur en scène à Hollywood ?
- SS : Je crois que je vois ce que vous voulez dire. Effectivement le metteur en scène que je suis, quelque part, est aussi un grand joueur astucieux qui utilise des trucs pour attraper les spectateurs. Et il faut toujours que ça fonctionne, always, sinon on perd sa superbe, tout s'arrête. Mais je faisais surtout référence, en disant cela, à mon enfance et à ma situation familiale d'alors.
- FT : Je connais aussi cela. Mais cette enfance difficile hante de toute façon votre œuvre, ce qui en fait entre autre pour cette raison, l'œuvre d'un vrai auteur.
- SS : Oui, vous parlez de ça vous aussi dans votre film "Les 400 Coups" que je connais très bien, vous le savez.
- FT : Je suis heureux que vous parliez de mes films, il me semble que vous en avez revu certains, notamment les "Doinel", pendant le tournage de "Catch Me If You Can" ?
- SS : Non, mais je connais ces films-là par cœur.
- FT : Vous faites tourner Nathalie Baye qui joua pour la première fois chez moi dans "La Nuit Américaine" en 1973. Par ailleurs, Amy Adams, la jeune actrice qui joue Brenda, a quelque chose de Claude Jade. Certaines scènes montrant un cocon familial retrouvé pour Abagnale Jr sont proches de quelques scènes de mes films…
- SS : Je pense que vous avez raison, il est très possible que j'ai été influencé indirectement par certains de vos films. N'avez-vous pas, vous-même, emprunté à notre Hitchcock quelques petites choses ?
- FT : Vous le savez, j'en parlais, il y a quelques temps déjà, avec lui (lire "Hitchcock" de François Truffaut, Gallimard). Votre film "Hitchcockien", s'il on peut dire, vous l'avez réalisé avant "Catch Me If You Can". C'était "Minority Report".
- SS : Right.
- FT : Revenons au film qui nous préoccupe. Jean-Luc Godard me disait l'autre jour dans les couloirs des cahiers du cinéma que votre film est un film qui aborde le thème de la contrefaçon, donc qui aborde frontalement le cinéma. Il y aurait dans le film, pour lui, la contrefaçon américaine très artificielle et la contrefaçon française la plus parfaite, mais le problème est que le dollar s'est substitué à la réalité.
- SS : Je ne comprends pas très bien ce que veux dire votre ami par là. A dollar is real.
- FT : J'aime beaucoup cette scène où Frank, qui c'est échappé, regarde de l'extérieur, l'intérieur de la maison où habite sa mère. Le film aurait pu s'arrêter là ?
- SS : Cette scène est d'une grande tristesse, je l'apprécie aussi beaucoup. J'ai fait en sorte que toute la solitude du personnage éclate ici, sans trop d'artifices de mise en scène. il fallait donner une seconde chance à Frank, je ne pouvais pas finir le film ainsi, je crois que les spectateurs ne m'auraient pas suivi sinon. Leonardo DiCaprio est parfait n'est-ce pas ?
- FT : Absolument, le choix de cet acteur est remarquable. Il incarne parfaitement l'adolescent qui joue à l'adulte. Il y a bien ce mélange-là chez DiCaprio. Je dirais qu'après ce film, l'acteur a basculé définitivement dans le monde des adultes, notamment chez votre ami Scorsese.
- SS : C'est vrai. J'espère retourner un jour avec cet acteur. Probablement lorsque Scorsese le laissera respirer un peu. (sourire)
- FT : Aviez-vous l'intention, en saturant le film de lumière, en le baignant dans un halo lumineux, de combler ainsi le gouffre de solitude vécu par les personnages principaux.
- SS : Votre point de vue est intéressant mais mon choix repose essentiellement sur des questions d'époque. Il concerne une reconstitution des années 60 traversées comme dans un rêve flamboyant, particulièrement à l'apogée de la "carrière" de Frank. J'ai beaucoup travaillé avec mon chef opérateur là-dessus. La solitude dont vous parlez, qui est effectivement au cœur du film, revient brutalement par intermittence au cours de quelques scènes très noires. J'aime cette idée.
- FT : Steven Spielberg, merci bien de nous avoir accordé un peu de votre temps précieux. Il me reste simplement à vous souhaiter bonne continuation.
- SS : Merci François, bonjour* à Claude Jade.
* en français
"François est peut-être mort. Je suis peut-être vivant. Il n’y a pas de différence, n’est-ce pas ?" Jean-Luc Godard
Entretien exclusif entre François Truffaut et Steven Spielberg à l'occasion de la sortie de "Catch Me If You Can" :
- FT : Bonjour Monsieur Spielberg.
- SS : Bonjour.
- FT : Nous sommes ensembles pour discuter de votre film "Catch Me If You Can". C'est un film qui a bien marché ?
- SS : Oui, les gens ont couru pour aller le voir : 30 040 000 chez nous, et je crois quelque chose comme 1 137 654 en France la première semaine. Bravo aux spectateurs français de soutenir toujours mes films.
- FT : J'aime assez ce film, il a peu de défauts à mes yeux. Vous faite preuve ici d'une cohérence artistique absolue. Ca n'est pas un de vos grands films malades.
- SS : Yes. Je suis d'accord avec vous, j'étais très à l'aise pour ce film. Je savais exactement ce que je voulais, je me suis reposé sur un rythme subtile et je crois que ça fonctionne plutôt bien, il suffit de le trouver et de s'y tenir. Par ailleurs ce film est personnel. J'aurais pu être Frank Abagnale Jr.
- FT : Justement, vous abordez ce point, n'êtes-vous pas, quand même, un peu devenu ce Frank là, en tant que metteur en scène à Hollywood ?
- SS : Je crois que je vois ce que vous voulez dire. Effectivement le metteur en scène que je suis, quelque part, est aussi un grand joueur astucieux qui utilise des trucs pour attraper les spectateurs. Et il faut toujours que ça fonctionne, always, sinon on perd sa superbe, tout s'arrête. Mais je faisais surtout référence, en disant cela, à mon enfance et à ma situation familiale d'alors.
- FT : Je connais aussi cela. Mais cette enfance difficile hante de toute façon votre œuvre, ce qui en fait entre autre pour cette raison, l'œuvre d'un vrai auteur.
- SS : Oui, vous parlez de ça vous aussi dans votre film "Les 400 Coups" que je connais très bien, vous le savez.
- FT : Je suis heureux que vous parliez de mes films, il me semble que vous en avez revu certains, notamment les "Doinel", pendant le tournage de "Catch Me If You Can" ?
- SS : Non, mais je connais ces films-là par cœur.
- FT : Vous faites tourner Nathalie Baye qui joua pour la première fois chez moi dans "La Nuit Américaine" en 1973. Par ailleurs, Amy Adams, la jeune actrice qui joue Brenda, a quelque chose de Claude Jade. Certaines scènes montrant un cocon familial retrouvé pour Abagnale Jr sont proches de quelques scènes de mes films…
- SS : Je pense que vous avez raison, il est très possible que j'ai été influencé indirectement par certains de vos films. N'avez-vous pas, vous-même, emprunté à notre Hitchcock quelques petites choses ?
- FT : Vous le savez, j'en parlais, il y a quelques temps déjà, avec lui (lire "Hitchcock" de François Truffaut, Gallimard). Votre film "Hitchcockien", s'il on peut dire, vous l'avez réalisé avant "Catch Me If You Can". C'était "Minority Report".
- SS : Right.
- FT : Revenons au film qui nous préoccupe. Jean-Luc Godard me disait l'autre jour dans les couloirs des cahiers du cinéma que votre film est un film qui aborde le thème de la contrefaçon, donc qui aborde frontalement le cinéma. Il y aurait dans le film, pour lui, la contrefaçon américaine très artificielle et la contrefaçon française la plus parfaite, mais le problème est que le dollar s'est substitué à la réalité.
- SS : Je ne comprends pas très bien ce que veux dire votre ami par là. A dollar is real.
- FT : J'aime beaucoup cette scène où Frank, qui c'est échappé, regarde de l'extérieur, l'intérieur de la maison où habite sa mère. Le film aurait pu s'arrêter là ?
- SS : Cette scène est d'une grande tristesse, je l'apprécie aussi beaucoup. J'ai fait en sorte que toute la solitude du personnage éclate ici, sans trop d'artifices de mise en scène. il fallait donner une seconde chance à Frank, je ne pouvais pas finir le film ainsi, je crois que les spectateurs ne m'auraient pas suivi sinon. Leonardo DiCaprio est parfait n'est-ce pas ?
- FT : Absolument, le choix de cet acteur est remarquable. Il incarne parfaitement l'adolescent qui joue à l'adulte. Il y a bien ce mélange-là chez DiCaprio. Je dirais qu'après ce film, l'acteur a basculé définitivement dans le monde des adultes, notamment chez votre ami Scorsese.
- SS : C'est vrai. J'espère retourner un jour avec cet acteur. Probablement lorsque Scorsese le laissera respirer un peu. (sourire)
- FT : Aviez-vous l'intention, en saturant le film de lumière, en le baignant dans un halo lumineux, de combler ainsi le gouffre de solitude vécu par les personnages principaux.
- SS : Votre point de vue est intéressant mais mon choix repose essentiellement sur des questions d'époque. Il concerne une reconstitution des années 60 traversées comme dans un rêve flamboyant, particulièrement à l'apogée de la "carrière" de Frank. J'ai beaucoup travaillé avec mon chef opérateur là-dessus. La solitude dont vous parlez, qui est effectivement au cœur du film, revient brutalement par intermittence au cours de quelques scènes très noires. J'aime cette idée.
- FT : Steven Spielberg, merci bien de nous avoir accordé un peu de votre temps précieux. Il me reste simplement à vous souhaiter bonne continuation.
- SS : Merci François, bonjour* à Claude Jade.
* en français
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