Les habits usés d'Hollywood
Une fois n'est pas coutume, je vais vous parler d'habits dans le cinéma américain des années 50. Il s'agira plus précisément de l'année 1956 où sortent les deux films que je vais aborder ici par le biais de leurs garde-robes : "Bigger Than Life" de Nicholas Ray et "Written On The Wind" de Douglas Sirk.
Dans ces deux films, il n'est pas improbable que les studios aient mis le costumier (il y en avait un au moins pour le film de Sirk) à la porte à la fin du tournage. En effet, qui a vu "Bigger Than Life" se souvient forcément du blazer totalement décousu à l'épaule du pharmacien, vu en premier plan, qui fourni la cortisone à Ed Savery (James Mason). De même, dans "Written On The Wind", impossible de ne pas avoir été choqué par ce gros trou à la fesse dans le pantalon moulant bleu que porte Marylee (Dorothy Malone) lors de son souvenir doux-amer d'un pique-nique de jeunesse. Il est peu probable que les metteurs en scène n'aient pas vu, comme les spectateurs, lors du tournage ces défauts dans les habits des personnages. D'autres films de Nicholas Ray contiennent ce genre de petite imperfection, telle la robe de Mattie déchirée dans le dos, à la fin de "They Live By Night". Il n'est pas impensable que les deux réalisateurs en question se soient pas mal fichés de ce type de détails (sans prendre en considération d'éventuelles contraintes financières).
Il faut dire que Sirk, comme Ray lors d'autres films, faisaient partie de ce type de réalisateurs prêts à conserver une scène qui trahissait grossièrement, dans son contenu, la manière dont elle avait été filmée, privilégiant l'idée de mise en scène plutôt que son accomplissement parfait. Dans "Written On The Wind", c'est le cinéaste et sa caméra sur une grue, ultra-visibles dans le reflet de la vitre lors d'un travelling avant partant du dehors entrant dans la maison de la famille par une fenêtre ouverte. Dans "They Live By Night", c'est l'ombre de l'hélicoptère qui se découpe au sol lors de la séquence de fuite des bandits prise en hauteur. Une fois pris connaissance de ce genre de détails, on se doute du peu d'importance que devaient accorder Ray ou Sirk aux accros dans les vêtements des acteurs. Peu importe que l'on soit amenés par l'intermédiaire de certaines scènes à se retrouver, directement ou indirectement, dans les coulisses du film (de la cabine d'essayage au lieu même de positionnement de la caméra), c'est l'idée de cinéma qui se cache derrière chaque séquences qui compte pour ces cinéastes. L'idée censée procurer l'émotion aux spectateurs est visiblement plus forte, est bien au delà, des artifices de la technique traitée avec un mépris, semble-t-il, affiché. JM



