Je reviens à "La Jeune Fille De L'Eau". Il y a, il me semble, deux choses, deux programmes à séparer dans ce film.D'une part nous avons les idées importées par Story lorsque celle-ci quitte l'univers de sa piscine pour rejoindre le monde des humains. Là, assez clairement, Shyamalan s'inspire du courant de pensée new age pour élaborer le discours de la narf et le message qu'elle est venue divulguer sur terre. Bon là je crois important de revenir sur le passage dans la salle de bain, tout en champs, contre champs, où Story est recroquevillée dans le bac à douche tandis que les supposés différents membres de la guilde défilent et bricolent une théorie devant elle. Dans le champs, la narf qui regarde, sans dire un mot, le groupe (en contre-champ) chercher, tâtonner, elle a le visage blême mais les yeux d'une extrême curiosité, paraissant plus observer avec bienveillance le résultat bénéfique de sa présence (le rassemblement d'individus éparses autour d'une intention "pure") que se préoccuper de son propre sort. Story apparaît au monde pour restaurer les liens entre les êtres. Entre eux (isolés dans leurs maisons et leurs possessions comme l'illustre l'animation du début du film) et entre eux-mêmes en tant qu'individus et leurs inconscients. Mais il y a plus. Le fonctionnement du monde des narfs inventé par le réalisateur scénariste répond à une volonté politique. On le savait déjà, Shyamalan n'est jamais plus brillant que lorsqu'il pose, par le biais du conte fantastique, les questions politiques qui sont et furent, de tout temps, essentielles. Exemplairement dans le film qui nous préoccupe : lorsqu'il fait dire au gardien "où est la justice ?" en même temps que s'inscrit dans l'écran une créature Scrunt ("bosses dans la pelouse" pour les humains) inquiétante qui rôde librement au dehors avec de mauvaises intentions.
D'autre part il y a le personnage joué par le réalisateur lui-même qui écrit un mystérieux livre politique appelé le "Cook Book", dont on ne saura quasiment rien sinon qu'il fera peser un danger de mort sur son auteur lorsqu'il sera mis à la disposition de tous et compris. A quoi pense-t-on alors ? Que nous suggère "historiquement" cette mort annoncée pour des idées dans un livre ? Elle peut rappeler la mort de celles et ceux qui ont pensé la démocratie autrement partout dans le monde (cela va des nombreux militants politiques assassinés en particulier aux USA - Martin Luther King est évoqué -, en passant par les auteurs de livres menacés de mort parce qu'ils compromettent, par leurs idées, les gouvernements théocratiques anti-démocratiques ). JM
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