mercredi, mai 24, 2006

Histoire(s) des avatars (à suivre)

1. oublier Corinne

"Portrait de Jacqueline", Pablo Picasso, 1957


"The Village", M. Night Shyamalan, 2004


"You Must Believe In Spring", Bill Evans, 1977

2. champ, contre-champ. noir et blanc.

"The Big Combo", Joseph H. Lewis, 1955


"A Bout De Souffle", Jean-Luc Godard, 1960

3. la vie comme une partie de baby

"Un Couple Parfait", Nobuhiro Suwa, 2006


"Three Times", Hou Hsiao Hsien, 2005

4. guerre et paix

"Mulholland Drive", David Lynch, 2001


"Minority Report", Steven Spielberg, 2002


"La Guerre et la Paix", Pablo Picasso, 1952

5. les hommes seuls parlent toujours trop

"Pierrot le Fou", Jean-Luc Godard, 1965


"I Was A Male War Bride", Howard Hawks, 1949


6. des soucis et des hommes

"DJXP2", Definitive Jux, 2001


"Last Days", Gus Van Sant, 2005

7. juin d'herbes

"Le Déjeuner Sur L'Herbe", Jean Renoir, 1959


"Last Hurrah For Chivalry", John Woo, 1979


Franck Ribery, sur le terrain, 2006

8. tirer des fils

"Histoire(s) Du Cinéma", Jean-Luc Godard


Les fils de mon modem

9. musique de l'âme

"Whirlpool", Otto Preminger, 1949


"Les Invisibles", Thierry Jousse, 2005


"Miles In The Sky", Miles Davis, 1968

"X-Men 2" - Brian Singer (USA) - 2002 (ma note : 1/4)
C'est la fête au village
En premier, soulever un problème. Nombreux sont ceux qui déclarent aimer "X-Men 2" parce qu’il représente bien l’univers du comics dont il est inspiré, admettant même que pour cette raison la valeur du film puisse échapper aux non amateurs de la BD. Je crois voir ce qu'ils veulent dire mais ceci me paraît, au contraire, un des points négatifs du film (le principe du film réservé au petit cercle d'initiés).

A priori pourtant, rien dans l'ambiance ou les personnages, ne semble déroutant pour qui que ce soit. Je m’explique. L’univers, c’est le monde dans lequel nous vivons (contrairement à la fameuse ville de Gotham City dans "Batman" par exemple), les héros ont beau être des mutants ils sont traversés des même sentiments que les Hommes : les ados découvrent l’amour (resucée du questionnement ado de "Spiderman" au passage) tandis que les adultes se disputent le cœur d’une femme, etc…l’un d’entre eux est même dans un trip super religieux (comme quoi, nous autre les hommes, on leur a refilé tout nos bon vieux trucs aux mutants). Dans ceci je ne vois pas quels aspects extraordinaires peuvent entraver la compréhension de tout spectateur un peu joueur.

Le problème pour X-Men les films c’est qu’ils semblent s'adresser à un "bon public" (ciblé) plutôt qu'à un public joueur. Tout ce qui a trait aux personnages est mal expliqué, embrouillé, ou plutôt tout est expliqué de façon à ce que seuls ceux qui savaient déjà comprennent (sic). On apprend que Wolverine est un humain trafiqué et non un mutant, mais en même temps c’est un mutant aussi parce qu’il risque de crever avec tout ses copains lors de la grande extermination finale des mutants qui finalement échoue, je n'ai pas compris mais il faut m’excuser je n'ai pas lu la BD. Ce refus de prendre le temps d'expliquer posément les choses constitue probablement la plus grosse aberration du film. Mais ça n'est, hélas, pas la seule.

Le scénario est quasiment aussi affligeant que dans le premier épisode, tenant toujours sur un ticket de métro. Ensuite les dialogues sont aussi pauvres que les griffes de notre cher Wolverine sont longues, franchement de ce côté là je n’avais pas vu aussi nul et je m’en foutiste depuis fort longtemps. Il faut dire que les personnages, sans doute trop nombreux pour être traités à peu près honnêtement par Singer sont bien peu intéressants (Wolverine en cow-boy eastwoodien mal habillé est tout particulièrement fade, ses petites réparties à la Schwartzie tombant toutes à plat). A la limite on aurait préféré les voir tous bouche cousue et en action tout le long du film plutôt que de découvrir leur pseudo personnalité. Eh oui, là où un Raimi ou un Burton pouvaient (et réussissaient à) se consacrer tout entiers à leurs héros et à leur méchant, Singer qui se croit peut-être plus malin que les autres, doit se coltiner un groupe de gentils et, tenez vous bien, j’ai compté au moins deux méchants (et au milieu le président des USA avec son pin’s de la bannière étoilée et au dessus de tout ce monde, si vous avez bien suivit, Dieu). Il faudrait en parler des méchants parce que, comme nous l'a enseigné Hitchcock, le méchant doit être quasiment plus important que le gentil pour que ça fonctionne. Retour de la grande embrouille du scénario : j'avoue que le vilain militaire là encore une fois je n'ai pas bien pigé ce qu’il leur voulait exactement aux mutants (excusez j’ai toujours pas lu la BD). Quant à l’autre avec sa copine, c’est le même que dans le premier, Magneto, et pour le coup on sait bien qu’il est fourbe et qu'il va tromper son monde avant la fin. Un pet dans l'eau.

Le film traîne en longueur dans des scènes mal jouées et parfaitement inintéressantes, exactement comme dans le un. Oui, être un X-Men, ça donne plein de petits avantages pratiques trop drôles dans la vie de tous les jours, par exemple pour rafraîchir son coca (le jeune boit du coca et l’adule de la bière, alors singes ou mutants ?) ou emballer sa copine rien de tel qu’une haleine extra fraîche. On peut aussi prendre sa main comme cendrier quand son boss 100% américain veut que vous éteignez votre cigare. A la fin on ne les voit pas faire mais je suis sûr qu’ils organisent entre eux un grand barbecue pour fêter ça comme dans une de nos bonne vieille BD nationale et que Pyro vient l’allumer, Wolverine s’occupe de remuer les braises, Storm fait le soufflet et le givreur fou est chargé de l’éteindre. (il n’y a toutefois à la fin du film plus personne pour prévenir l’incendie, qui sait, c’est peut-être le drame prévu pour le numéro trois ?).

On se réveille pour les quelques morceaux d’action qui sont, il faut l’avouer, bien. Nettement mieux que le un si mes souvenirs sont exacts. De beaux effets spéciaux et de la baston bien filmée à l’image de l'époustouflante séquence d’ouverture qui réunie les deux. C’est le seul point positif du film mais les scènes d'action sont trop rares pour le sauver.

Allez, pour finir sur une autre touche positive, il y a ce petit passage exquis (avec la plantureuse Rebecca Romijn) dans un bar peut-être en clin d’œil à la "Femme Fatale" de De Palma, une superbe séquence génialement filmée qui fait sourire (la seule). Une femme fatale qui se pose en sauveur (du film), on aura tout vu ! JM

jeudi, mai 18, 2006

Jouer avec le fond


"The Descent" (N. Marshall, 2005), un film à rapprocher pourquoi pas d'"Open Water" (C. Kentis, 2004).

Deux réalisateurs s'appliquent ici à coups de films d'épouvante plutôt efficaces à dynamiter la séance de loisir sportive petite-bourgeoise. Ou quand la perte bien réelle des balises devient balisante. Ici la spéléo ("The Descent"), là la plongée sous-marine ("Open Water"). Tout ce petit monde qui s'y croit (cérémonial des préparatifs dans les deux cas) et veut croire (que les requins ne doivent être très méchants avec les hommes, qu'aux profondeurs il y a toujours une sortie de secours), qui part en début de film pour vivre et "réaliser" son trip, sa petite aventure qu'on pourra raconter, montrer ensuite en société (présence ridiculisée de l'appareil photo à la fin d'"Open Water", de la caméra DV dans "The Descent" qui ne sert plus qu'à éclairer un temps la scène de la débâcle) se retrouve vicieusement le nez dans le sang (dans le très régressif "The Descent" on est même jamais loin du nez dans d'autres substances).

S'il on remonte dans le temps on pourra constater que ce genre de sort était plutôt réservé à "une bande de branleurs" il y a quelques décennies ("Evil Dead" et ses avatars de série B). A la troupe avachie souvent droguée ou bourrée des années 80, se substitue le désir de mouvement des personnages de ces films récents (on notera dans "The Descent" l'éventualité d'une évolution à la "Evil Dead", lorsque le groupe de jeunes femmes se retrouve dans une cabane isolée dans la forêt bavassant tard dans la nuit en sirotant bières sur bières avant que l'histoire ne prenne le tournant décisif de la sortie spéléo). Dynamique sportive s'accompagnant d'un désir d'aller y voir de près, de se procurer des sensations fortes en s'enfonçant en des profondeurs inconnues (c'est ainsi que se produit un retournement intéressant, les intrus deviennent enfin très clairement les personnages principaux qui pénètrent un milieu hostile et non "la bête" qui, elle, terrorise à domicile). C'est dans le même temps un désir doublé de "défi" qui, selon les dires de Jean-Louis Comolli (voir certains passages de son récent livre "Voir et pouvoir (L'innocence perdue)"), colle plutôt bien à une mentalité tout à fait contemporaine chez le spectateur. L'épouvantail ne sort plus de son sommeil pour venir effrayer ses victimes à la surface, on va désormais le chercher au fond, lui tourner autour, le titiller, en toute inconscience car il est a priori proclamé soit trop vite inoffensif (dans "Open Water", jusqu'où croire le guide lorsqu'il annonce que les requins ne représentent pas un réel danger ?) soit tout simplement personne ne soupçonne son existence (dans "The Descent" avant les créatures y habitant c'est la grotte même qui n'existe pas, inutile alors de lire le guide laissé dans la voiture, on verra bien).

A "The Descent" on peut sans doute préférer "Open Water", car complètement dénué de violence gratuite et moins lourd de symboles grand-guignolesques. JM

mercredi, mai 17, 2006

Dans les salles (épisode 1)

05 Mai 2006, 16h30
Lyon, salle : Le Cinéma (environ 50 places)
"Winchester '73" d'Anthony Mann (1950)
Je fais l'ouverture des portes du cinéma avec le responsable. Nous discutons un peu dans l'entrée qui a conservée sa fraîcheur, toute la journée plongée dans une demie obscurité. Du coup, malgré l'absence de bandes-annonces et de publicités la séance débute quelques minutes plus tard qu'à l'horaire prévu. Personne ne se plaint, aucun spectateur dans la salle, je vois le film seul avec le projectionniste qui découvre, comme moi, le film. Après tout, le petit lieu, comme une succursale de chez soi, se prête assez bien aux (fréquentes) projections solitaires. Le projectionniste qui accepte la discussion après le film, perdu dans ses bobines, m'affirme qu'il préfèrerait pour l'avenir de son cinéma que les séances rassemblent plus de spectateurs qu'il n'y en a généralement devant un home cinéma. Il ferme, et nous nous en allons ensemble.

10 Mai 2006, 11h
Lyon, salle : UGC Ciné Cité (environ 300 places)
"Silent Hill" de Christophe Gans (2006)
Arrivée en retard mais je ne m'inquiète pas, je peux compter sur les 20 minutes de bande publicitaire pour ne pas rater le début du film. Gagné. Je verrai même la détestable bande-annonce du nouveau film de Sofia Coppola ! Une fois encore je suis seul devant le film. Plutôt heureux au départ, le malaise grandit au fur et à mesure qu'avance la projection. Non pas que le film fasse particulièrement "flipper" mais je sens bien, petit à petit, un grand vide m'envahir, résultat de la projection d'un film assez creux dans une grande salle déserte. Impression vertigineuse doublée d'un sentiment de gâchis devant cette grosse machine qui tourne pour moi seul dans l'usine à films multiplexe qu'est le Ciné Cité. Je commence alors à me poser des questions, partageant le spleen du film abandonné des spectateurs : Que se passe-t-il dans les autres salles juste à côté ? D'autres films tapisseries sont-ils projetés pour un spectateur voire personne ? A qui s'adresse un film quand il est joué devant des rangées de sièges vides ? Un film qui est fait pour le plus grand nombre naît-il en sachant qu'il aura à vivre de tragiques heures solitaires ? Est-il capable de se ressaisir pour la séance suivante si elle est plus fournie en spectateurs ? Afficher alors un victorieux : "Voyez ce dont je suis capable !" exprimé par les réactions passionnées d'une partie de la salle se communicant aux plus sceptiques. "Silent Hill" restera pour moi un grand film triste me criant désespérément le désarroi de sa condition. Si encore il était sûr qu'en cet endroit un film n'est pas projeté quand il n'y a aucun spectateur, je dirais je crois, préférer ne pas avoir été présent. Décidé au départ à ensuite aller voir "Bubble", j'ai remis la séance à plus tard et je suis rentré chez moi.

15 Mai 2006, 22h20
Lyon, salle : 8 Nefs (environ 200 places)
"OSS 117" de Michel Hazanavicius (2006)
Cette fois-ci je suis accompagné, certain donc de ne pas être tout seul. Il y a des salles qui ont cette particularité à Lyon, sans doute comme partout ailleurs, de provoquer la répulsion à l'instant même où on en franchit la porte. Lundi soir, il s'agissait d'une de celles de ce genre là. Sol dégoûtant, fauteuils déglingués, tapisseries et plafond idem, et cerise sur le gâteau qu'on découvre une fois assis, une belle balafre en haut à droite de l'écran blanc, certes recouverte par une espèce de gros sparadrap blanc. On lui avait bien dit au Jean Mineur qu'à force de balancer sa pioche dans la cible il finirait par faire des dégâts. Sans doute déconcentré par les sponsors qui l'entourent désormais fréquemment, son lancé fut moins franc que d'habitude lors d'une séance précédente. Ou alors un spectateur fou est venu avec une échelle et est monté donner un coup de hache dans l'écran. Bref (comme disait ma grand-mère), nous sommes une trentaine dans la salle, des gens devant mais surtout derrière, deux jeunes hommes qui nous gratifient à intervalles réguliers (par courants d'air nous prouvant que la salle possède une clim', clim', clim', hourra !) de leurs odeurs fortes de chaussettes trouées qui dépassent sur les sièges de notre rangée, posées sur les accoudoirs. Sinon le rire est bien au rendez-vous. On sent (aussi) de la méfiance dans la salle, l'humour osé d'"OSS 117" semble fonctionner à plein régime et c'est tant mieux. Nous n'attendons pas la fin du générique, nos voisins c'est pas le pied mais surtout, le dernier métro ne nous attendra pas. On court dans la Rue de la République, sans style, car "OSS 117" nous l'a rappelé, il est bien dur de garder la classe en toutes circonstances, s'y atteler relève souvent de l'effort inutile (de là à exhiber ses chaussettes sales en pleine salle de cinéma, quand même, QUAND MEME !). JM

Illustration : "Goodbye, Dragon Inn", Tsai Ming-liang (2004)

lundi, mai 01, 2006

The Boys Who Never Grew Up

La maison d'édition de DVD américaine Criterion, réputée pour la qualité du contenu des DVD-films qu'elle propose, possède aussi un catalogue DVD-clips. Ainsi, "Beastie Boys, Vidéo Anthology" réunit sur deux DVD l'intégralité des vidéos du groupe de rap new-yorkais depuis leur tout début dans les années 80 jusqu'à l'avant dernier album du groupe sorti en 1999, "Hello Nasty". La vision de ce DVD offre une bonne occasion de revenir en images sur quelques éléments cruciaux de l'œuvre des Boys.

Seulement six réalisateurs, pour certains devenus depuis (piètres) réalisateurs de longs-métrages, sont à l'origine des dix-huit clips présentés ici dans un ordre non chronologique. La majorité sont signés Nath Hörnblowér, qui n'est autre qu'Adam Yauch, qui n'est autre que MCA, l'un des membres fondateurs du groupe et superviseur de cette anthologie. Ainsi est-il plutôt logique pour le spectateur de retrouver une certaine constance (celle des rappeurs) dans le ton tout au long de ce parcours vidéo. Peu de sérieux donc, comme cette vague de parodies se situant entre "Austin Power" et le sketch télé "Miami Vice" de Les Nuls. Emblématique de cette inclination au second degré, le clip de 'Sabotage' (94) signé Spike Jonze. On y parodie joyeusement séries TV et films policiers des années 70 à l'aide de moumoutes et cascades en carton. Le rythme est très bon, (pour le coup assuré par un sérieux montage) aussi soutenu que celui de la musique. Ailleurs ce sont d'autres genres du cinéma qui se voient touchés par la vague parodique : le kaiju eiga japonais dans 'Intergalactic' (98) ou encore le film d'espionnage dans 'Body Movin'' (98). Ce type de clips se prête parfaitement au délire musical du groupe dont les paroles fourmillent de comparaisons ego trip toutes plus saugrenues les unes que les autres. Pour les Beastie Boys, la formule schizoïde "I'm like…" est de rigueur.

Le monde du clip lui-même se voit à plusieurs reprises être la cible de plaisanteries les moins raffinées mais jamais trop vulgaires. Celui de 'Netty's Girl' (92) colle la voix éraillée, "chantante", d'un des rappeurs sur des images de barque et de lac de cygnes aussi laides que les notes jouées sur un clavier prisunic (idée amusante, le clip s'avère être un rêve de Mike D somnolant à l'écoute d'une "loverie" que passe les membres d'ATCQ a ses côtés). Dans la vidéo de 'Hey Ladies' (89), c'est toute l'esthétique de la période funk qui subit un hommage un peu moqueur. Et puis en 1999, Yauch fait du clip d''Alive' une parodie des vidéos à la Hype Williams, très en vogue à l'époque dans le rap. Vêtements bizarres aux couleurs primaires, mouvements désordonnés et corps déformés. Yauch, lui, affublera ses partenaires de vêtements ridicules et les animera de mouvements désordonnés mais trop "terre à terre" pour se vouloir esthétisants.

Le clip d''Alive' a pour toile de fond New-York, ville chère au groupe. Sur quelques plans apparaissent encore les tours du World Trade Center tandis que les trois rappeur font les pitres devant la caméra. L'album suivant, post-11 Septembre, s'appellera "To The 5 Boroughs" (2004). Sur la jaquette de "To The 5 Boroughs" les deux tours "ressuscitées". Sur l'album, le titre 'An Open Letter To NYC' dont le clip se propose de nous faire visiter la ville en quatrième vitesse. La même attitude a récemment été constatée dans les films de certains cinéastes, avec plus de temps pour regarder vraiment les choses, dans le dernier film de Spike Lee ("Inside Man") en particulier. Dans cette anthologie, la "grosse pomme" revient de temps en temps, notamment et surtout dans la petite rareté : une courte vidéo de 'Holy Snappers' datant de 1981, époque punk du groupe et réalisée par Yauch. Petit mix speedé du "Permanent Vacation" de Jim Jarmush et du travail d'un Larry Clark. Époque où les paroles étaient encore "I like (Batman…)" avant de basculer dans le "I'm like…".

Pour sa contribution ('Gratitude', 92), David Perez Shadi décale les effets de réalisation. Les traditionnels travellings autour du groupe sont désamorcés dès le début du clip par une vue-hélicoptère du lieu de tournage montrant les rails sur lesquels sont posés la caméra entourant le matériel des musiciens. Il arrivera, au cours du clip, qu'une caméra passe dans le champ en plein milieu d'un beau travelling. C'est du "deux en un", Shadi proposant le making of incorporé au clip.

A quelques rares moments, l'image retrouve son sérieux. Entre autre lorsqu'il s'agit de délivrer un "message politique". La vidéo de 'Something's Got To Give' (93) réalisée par Ari Marcopoulos est un collage un peu balourd d'images de guerres et de catastrophes écologiques sur un texte pacifiste des rappeurs pas forcement beaucoup plus inspirés que Marcopoulos. Ou bien lorsque la forme des images devient alternative, comme pour 'Shadrach' (89) où Yauch s'essaye à une nouvelle forme, le film d'animation (d'une grande beauté) en mettant de côté son habituel décalage de fond. Parfois aussi, drôle et sérieux sont étroitement liés. Le clip de 'Three MCs And One DJ' reflète bien, tout en se voulant humoristique, la renaissance du groupe à l'arrivée du génie des platines Mix Master Mike dans la team. Il commence avec un montage parallèle nous montrant alternativement les trois rappeurs figés, le micro en main, dans la cave d'un appartement de New York et Mix Master Mike qui arrive à la porte d'entrée de l'immeuble, descend les escaliers et vient s'installer derrière les platines. Lorsque le DJ est en place et qu'il a installé un disque sur la platine, les MCs se mettent en mouvement et commencent à rapper. Le bonus proposant plusieurs angles de caméra pour visionner ce clip est sympathique, permettant de suivre du début à la fin du film le travail fantastique du DJ (nouvelle star du groupe) plutôt que les gesticulations empruntées de Mike D, MCA et Ad-Rock. Spike Jonze avait, dès 1994, filmé le groupe déguisé en "vieux", nos trois rappeurs se mettaient dans la peau de vieillards peinant à se déplacer à côté des jeunes enfants jouant au basket sur les playgrounds. Il s'agissait du clip qui suit 'Three MCs And One DJ' sur le DVD, celui de 'Ricky's Theme'. Sérieux aussi en 94 l'hommage rendu aux disciplines du Hip-Hop dans la belle vidéo de 'Root Down' signée Evan Bernard. On assiste à un montage d'images d'archives superbement mises en scène, notamment à l'aide de judicieux split screen.

Belle initiative, Criterion propose ce DVD en multizone, chacun peut donc profiter de cette anthologie qui méritait vraiment d'être réalisée. A quand la même politique éditoriale pour les films du catalogue ? JM

Bonus : retrouvez ma critique (contestée) de "To The 5 Boroughs" ici